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| Contributors | Type of contribution | Writing language |
|---|---|---|
| Sylvie Cohen | Français | Hébreu |
| Roelof Van der Schans | — | — |
Publishers
Country
ISBN
| Publishers | Country | ISBN |
|---|---|---|
| Flammarion | France | 2081645181 |
Le 04 Juillet 1997 Fantômes polonais Il vient de recevoir le prix Hans-Christian Andersen, une distinction décernée tous les deux ans et dont on a coutume de dire qu'elle est un peu le « Nobel » de la littérature de jeunesse (« Le Monde des livres » du 18 avril). L'Israëlien Uri Orlev, romancier pour les enfants et les adultes, traducteur, dramaturge, scénariste, est né en 1931. Pendant la guerre, il a vécu plusieurs mois caché, avec sa mère et son frère, dans le ghetto de Varsovie, avant d'être déporté à Bergen-Belsen où il est resté près de deux ans. Et c'est un peu de ces souvenirs qui transparaissent dans Une île, rue des oiseaux, cet inoubliable récit de faim, de froid et de terreur d'un petit garçon juif polonais, entêté et courageux, attendant seul, caché en compagnie d'une souris blanche dénommée Neige, le retour de son père arrêté par les Allemands. Sorti en Israël en 1981, paru pour la première fois en France en 1987, traduit dans de nombreuses langues et récompensé par d'importants prix littéraires, ce roman vient d'être réédité au Livre de poche jeunesse, dans l'excellente collection de littérature étrangère pour enfants, « Mon bel oranger». Parallèlement à cette réédition où, en filigrane, la méditation sur la signification et l'importance des racines n'est pas le moins intéressant, Flammarion propose un roman inédit où l'on retrouve les thèmes chers à Orlev, L'Homme de l'autre côté. Dans ce livre passionnant, que les adultes auraient tort de dédaigner, les adolescents peuvent vérifier que la vie ne se limite pas aux soucis du quotidien, aux malentendus familiaux ou à d'épineuses questions scolaires. Non que l'auteur évacue ces aspects, puisque son héros les rencontre tous à des degrés divers, mais parce que l'enfance du personnage principal de L'Homme de l'autre côté est emportée par un tourbillon autrement dramatique. Marek est un jeune Polonais qui vit à Varsovie au début des années 40. Ecolier indiscipliné, bagarreur et rusé, il aime sa mère et déteste son beau-père, qu'il tient pour un homme fruste et tyrannique. Lorsque celui-ci lui demande de le seconder dans ses opérations de marché noir, le garçon se sent pourtant agréablement grisé par l'odeur du danger. Il s'agit de livrer diverses denrées aux juifs du ghetto en passant par les égouts de la ville. Commence alors, pour Marek, l'aventure qui modifiera le cours de sa vie. Les « livraisons » successives lui laissent entrevoir que les hommes et les femmes enfermés derrière les murs de ce quartier-prèson ne sont pas les monstres décrits par la vindicte antisémite dominante dans la Pologne d'alors. Ce qui ne l'empêche pas de suivre, par faiblesse, deux voyous occupés à détrousser un fugitif dans la rue. Mais lorsque sa mère lui révèle que son propre père était juif et, de surcroît, communiste, Marek éprouve un remords qui le pousse à vouloir se racheter de son crime. Son désir de sauver Jozek, un ancien étudiant en médecine qui a réussi à s'échapper du ghetto, le lance dans un quête frénétique de refuges pour son protégé. La folle course de retour vers le ghetto, à l'heure de l'insurrection et de la chute du quartier, se terminera par la mort de Jozek et une certaine forme de rédemption pour Marek. Moments tragiques dont Uri Orlev fait un récit dénué de pathos, dans une langue à la fois très accessible et soucieuse de ne pas infantiliser le lecteur. Evitant les grands discours, l'auteur décrit, avec justesse et sans manichéisme, l'évolution d'un garçon qui comprend soudain que le monde n'est pas aussi simple qu'il l'imaginait. Les « méchants » ne sont pas là où il le pensait : le discours antisémite de la rue ment autant que la propagande allemande et son beau-père se révèle, finalement, moins mauvais qu'il ne l'avait cru. « Dieu s'arrange toujours pour nous laisser le choix entre le bien et le mal. Le problème est de savoir choisir », découvre Marek. Le retournement ne s'opère pas en un jour et Uri Orlev montre bien ce que l'époque pouvait engendrer comme sentiments contradictoires, comme attitudes ambiguës. Ainsi de la grand-mère de Marek, vieille catholique un peu bigote et furieusement remontée contre les juifs, qui accepte d'héberger Jozek et fait brûler un cierge après sa mort. A travers Marek, le romancier donne vie à un paysage en plein chaos. Un pays dont les fantômes ne se sont pas évanouis, un demi-siècle plus tard. En préambule de son livre, Orlev raconte qu'il tient cette histoire de Marek lui-même, devenu journaliste à l'âge adulte. Lui ayant raconté son enfance, un jour qu'il passait en Israël, cet homme lui avait fait promettre de ne pas la raconter tant qu'il était en vie. « Personne n'est au courant de mes origines, et, dans mon pays, c'est un sujet encore très sensible », avait-il confié. Deux mois plus tard, il disparaissait dans un accident d'avion. FLORENCE NOIVILLEET RAPHAELLE REROLLE